Archer attaque Vertical : la bataille juridique des eVTOL s’enflamme

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Archer Aviation poursuit Vertical Aerospace pour copie présumée du Midnight. Une guerre des brevets qui secoue le marché stratégique des eVTOL.

Le 25 février, le constructeur américain Archer Aviation a déposé plainte contre le britannique Vertical Aerospace. Archer accuse son concurrent d’avoir copié des éléments protégés du design industriel et des systèmes de contrôle de vol de son appareil Midnight pour développer le prototype Valo. Vertical Aerospace rejette catégoriquement ces accusations et affirme que son développement repose sur des technologies propres.

Cette confrontation judiciaire intervient dans un contexte de compétition intense sur le marché des eVTOL (electric Vertical Take-Off and Landing). Les deux entreprises visent des mises en service commerciales à l’horizon 2025-2026 et ont levé plusieurs centaines de millions de dollars. Au-delà du contentieux, l’affaire pose une question centrale : dans une industrie encore émergente, où la propriété intellectuelle constitue un actif stratégique majeur, la frontière entre inspiration et contrefaçon est-elle clairement définie ?

Le contexte explosif du marché des eVTOL

Le marché des taxis aériens électriques est encore embryonnaire, mais les investissements sont massifs. Selon les estimations sectorielles, plus de 10 milliards de dollars ont été investis mondialement dans les programmes eVTOL depuis 2019.

Les promesses sont ambitieuses. Des appareils capables de transporter quatre à six passagers sur des distances de 100 à 160 kilomètres, à des vitesses de croisière comprises entre 200 et 320 km/h (110 à 170 nœuds), avec une propulsion électrique à faibles émissions locales.

Archer Aviation, basé en Californie, développe le Midnight, un eVTOL à douze hélices électriques réparties entre rotors de sustentation et propulsion. L’appareil vise une autonomie d’environ 160 km, avec une charge utile adaptée à quatre passagers plus un pilote.

Vertical Aerospace, société britannique fondée en 2016, développe le VX4, parfois désigné sous l’appellation Valo dans ses itérations internes. Son appareil présente une architecture proche : huit rotors principaux basculants, configuration aile fixe, propulsion électrique distribuée.

Dans un secteur où les architectures convergent naturellement vers des solutions aérodynamiques optimisées, la question de l’originalité technologique devient sensible.

Les accusations d’Archer Aviation

Selon la plainte déposée aux États-Unis, Archer Aviation estime que Vertical Aerospace aurait reproduit des éléments protégés liés au design industriel du Midnight et à certains aspects de ses systèmes de contrôle de vol.

Les griefs portent notamment sur :

  • la configuration aérodynamique globale
  • l’architecture de commande des rotors basculants
  • certains algorithmes de gestion de transition entre vol vertical et vol horizontal

Le passage de la sustentation verticale au vol en croisière est l’un des points les plus complexes d’un eVTOL. Il nécessite un système de contrôle numérique avancé capable de gérer la poussée différenciée des moteurs électriques. Archer revendique avoir investi des centaines de millions de dollars dans la mise au point de cette logique de commande.

L’entreprise, introduite en bourse via un SPAC en 2021, affiche des partenariats majeurs, notamment avec Stellantis pour la production industrielle. Elle affirme avoir déposé plusieurs dizaines de brevets couvrant ses architectures électriques et logicielles.

Archer considère que la similitude entre le Midnight et le prototype concurrent dépasse la simple convergence technologique.

La défense de Vertical Aerospace

Vertical Aerospace rejette fermement les accusations. La société affirme que son programme repose sur des développements internes engagés depuis plusieurs années. Elle souligne que les architectures eVTOL à ailes fixes avec rotors basculants constituent une approche répandue dans le secteur.

Le VX4 revendique une vitesse de croisière d’environ 320 km/h, une autonomie proche de 160 km et une capacité de quatre passagers. L’entreprise met en avant son partenariat avec Rolls-Royce pour la propulsion électrique et GKN Aerospace pour certaines structures.

Vertical souligne également que les systèmes de contrôle de vol sont développés en conformité avec les exigences de certification britanniques et européennes, sous la supervision de la Civil Aviation Authority (CAA) et de l’EASA.

Dans ce contexte, Vertical considère que la plainte relève d’une stratégie concurrentielle plutôt que d’une violation avérée.

La complexité juridique de la guerre des brevets

La guerre des brevets dans l’aéronautique n’est pas nouvelle. Mais elle prend une dimension particulière dans un secteur émergent. Les eVTOL combinent technologies aéronautiques classiques, propulsion électrique, logiciels embarqués et batteries haute densité.

Un brevet peut couvrir :

  • une architecture mécanique précise
  • un procédé logiciel
  • un design industriel
  • une méthode de contrôle

La difficulté réside dans la définition du périmètre exact. Une configuration à aile fixe avec moteurs distribués peut-elle être protégée dans son principe, ou seulement dans son exécution détaillée ?

Les litiges technologiques peuvent durer plusieurs années. Dans l’intervalle, ils créent une incertitude. Or le calendrier de certification est déjà contraint. Archer vise une certification FAA à court terme. Vertical cible une certification européenne similaire.

Tout retard pourrait avoir un impact financier majeur. Les deux sociétés ont déjà levé plus de 1 milliard de dollars cumulés depuis leur création.

Les enjeux industriels et financiers

Au-delà du contentieux, cette confrontation révèle la tension d’un marché encore fragile. Les valorisations boursières des acteurs eVTOL ont connu de fortes fluctuations depuis 2022. Les investisseurs exigent désormais des preuves concrètes : vols d’essai réussis, certifications en vue, contrats commerciaux fermes.

Archer a annoncé des accords préliminaires avec United Airlines. Vertical Aerospace a communiqué sur des lettres d’intention totalisant plusieurs centaines d’appareils auprès de compagnies comme American Airlines.

Ces engagements sont conditionnés à la certification et à la fiabilité technologique. Une bataille judiciaire peut freiner les discussions commerciales. Elle peut aussi renforcer la perception d’un secteur encore instable.

Dans un environnement où la trésorerie est cruciale, chaque mois compte. Les coûts de développement d’un eVTOL se chiffrent en centaines de millions d’euros. La rentabilité reste hypothétique tant que la production en série n’est pas engagée.

La question de la convergence technologique

Il faut poser la question franchement. Les eVTOL se ressemblent souvent. Aile fixe. Rotors électriques multiples. Batterie lithium-ion. Transition automatisée.

Cette convergence n’implique pas nécessairement une copie. Elle peut traduire une optimisation naturelle dictée par les lois de la physique et les contraintes réglementaires.

L’aéronautique a connu des précédents. Les avions de ligne long-courriers modernes présentent des silhouettes proches. Les hélicoptères partagent des architectures comparables. Ce n’est pas une preuve de contrefaçon.

La frontière se situe dans les détails techniques. C’est là que se jouera le contentieux.

Les implications pour l’avenir du secteur eVTOL

Le marché des taxis aériens urbains repose sur une promesse de rupture. Réduction du bruit, émissions locales nulles, mobilité rapide entre centres urbains.

Mais l’industrie reste en phase de validation. Aucun eVTOL de grande série n’est encore en exploitation commerciale régulière.

Une guerre judiciaire prolongée pourrait ralentir l’ensemble du secteur. Les régulateurs observent ces tensions. Les investisseurs aussi.

Archer Aviation et Vertical Aerospace jouent gros. Leur crédibilité dépendra autant de leurs performances techniques que de leur capacité à démontrer la solidité de leurs droits de propriété intellectuelle.

Ce litige ne se limite pas à deux entreprises. Il teste la maturité d’un marché. S’il se transforme en bataille prolongée, il pourrait dissuader certains investisseurs. S’il se résout rapidement, il clarifiera les règles du jeu.

Dans cette industrie naissante, la technologie ne suffit pas. La maîtrise juridique devient un levier stratégique. La guerre des brevets ne fait que commencer. Elle dira beaucoup sur la capacité des eVTOL à passer du prototype à la réalité commerciale.

HELICOLAND est le spécialiste de l’hélicoptère.

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