Joby Aviation entre en phase décisive vers la certification FAA

Joby Aviation

Joby Aviation vise les vols TIA avec la FAA début 2026, dernière étape vers la certification de son taxi volant électrique aux États-Unis.

Joby Aviation a franchi un seuil critique dans le long processus de certification de son aéronef eVTOL. Après plusieurs années d’essais en vol, de validation de systèmes et d’échanges techniques avec la Federal Aviation Administration, l’entreprise américaine prévoit d’entrer dès le premier trimestre 2026 dans la phase des vols de Type Inspection Authorization. Cette étape, rarement visible du grand public, constitue pourtant le cœur de la certification de type : ce sont les pilotes et inspecteurs de la FAA qui montent à bord pour vérifier que l’appareil respecte strictement les exigences réglementaires dans des conditions représentatives d’exploitation réelle. En s’inscrivant dans la continuité du programme eIPP, Joby s’impose comme le candidat le plus avancé du marché des taxis volants aux États-Unis. L’enjeu dépasse la seule validation d’un aéronef : il s’agit d’ouvrir la voie à un nouveau segment du transport aérien urbain, sous contrôle réglementaire strict, avec des implications industrielles, opérationnelles et économiques majeures.

Le contexte d’une certification hors norme

La certification d’un aéronef de nouvelle génération ne suit jamais un chemin linéaire. Dans le cas des eVTOL, la complexité est accrue par l’absence d’antécédents réglementaires pleinement comparables. Joby Aviation évolue sur un terrain hybride, entre aviation traditionnelle et mobilité aérienne urbaine, ce qui impose un dialogue constant avec Federal Aviation Administration.

Depuis 2019, la FAA a fait le choix d’encadrer ces programmes via une approche progressive. Les eVTOL sont certifiés sous le cadre du Part 21, avec des conditions spéciales définissant les exigences de sécurité propres à la propulsion électrique distribuée. Joby a été l’un des premiers acteurs à accepter ce cadre exigeant, parfois plus proche de celui d’un avion régional que d’un hélicoptère léger.

Le calendrier est révélateur de cette rigueur. En près de six ans, Joby a accumulé plus de 2 400 heures de vol d’essais, incluant des campagnes de performance, de fiabilité et de dégradation de systèmes. Ces chiffres placent le programme parmi les plus avancés jamais observés pour un eVTOL. Cette maturité technique explique pourquoi la FAA considère désormais l’entrée en phase TIA comme crédible à court terme.

Le rôle structurant du programme eIPP

Le programme eIPP, pour Electric Integration Partnership Program, joue un rôle central dans cette progression. Lancé par la FAA afin d’accélérer l’intégration opérationnelle des aéronefs électriques, il ne vise pas à simplifier la réglementation mais à la rendre applicable sans compromis sur la sécurité.

Dans ce cadre, Joby travaille avec plusieurs agences fédérales et autorités locales. L’objectif est double. D’un côté, valider les performances de l’appareil dans un environnement réglementé. De l’autre, préparer l’écosystème : procédures de contrôle aérien, gestion du bruit, sécurité au sol et interactions avec les infrastructures existantes.

Les données issues de l’eIPP ont déjà permis de confirmer certains paramètres clés. Les niveaux sonores mesurés lors des phases de décollage et d’atterrissage restent inférieurs à 65 dB(A) à 100 m, soit un seuil compatible avec des opérations urbaines répétées. Ce point est critique, car le bruit constitue l’un des principaux facteurs de rejet sociétal des projets de mobilité aérienne.

L’eIPP a aussi servi de banc d’essai pour les procédures d’urgence. Les simulations de pannes multiples ont montré que la redondance des six rotors permet un maintien du contrôle même après la perte d’un moteur, conformément aux exigences de sécurité imposées par la FAA.

La signification technique des vols TIA

Les vols de Type Inspection Authorization marquent une rupture nette avec les phases précédentes. Jusqu’alors, les essais sont conduits par les pilotes d’essai du constructeur, selon des protocoles validés. Lors des TIA, les pilotes de la FAA prennent directement les commandes.

Cette étape a une portée symbolique et réglementaire. Elle signifie que l’agence considère l’aéronef suffisamment mûr pour être évalué comme un produit quasi final. Les inspecteurs vérifient alors plusieurs dimensions : maniabilité, stabilité, gestion des pannes, ergonomie du poste de pilotage et conformité des logiciels critiques.

Dans le cas de Joby, ces vols porteront notamment sur les transitions vertical-horizontales, phase la plus sensible pour un eVTOL. Les données internes indiquent que ces transitions sont désormais maîtrisées sur l’ensemble de l’enveloppe de vol, avec une marge de sécurité supérieure à 20 % par rapport aux limites certifiables.

Les TIA permettent aussi de valider les procédures opérationnelles. La FAA ne certifie pas seulement une machine, mais un concept d’exploitation. Cela inclut la formation des pilotes, la maintenance, et la gestion de la flotte dans le temps.

La maturité industrielle du programme Joby

Entrer en TIA sans base industrielle solide serait illusoire. Joby a investi massivement dans sa chaîne de production, notamment sur son site de Marina, en Californie. L’objectif affiché est une capacité initiale de plusieurs dizaines d’appareils par an, avant une montée en cadence progressive.

Chaque eVTOL Joby intègre environ 90 % de composants développés en interne, un choix stratégique visant à réduire les dépendances critiques. Les batteries, par exemple, sont conçues pour supporter plus de 10 000 cycles partiels, un chiffre élevé pour une application aéronautique.

Cette approche intégrée rassure la FAA, car elle facilite la traçabilité et la conformité des pièces. Elle permet aussi d’anticiper les contraintes de navigabilité continue, un point souvent sous-estimé dans les projets de mobilité aérienne.

Sur le plan financier, Joby dispose d’une trésorerie supérieure à 1 milliard de dollars, issue notamment de partenariats industriels et d’investissements stratégiques. Cette solidité financière est un facteur indirect mais réel de crédibilité aux yeux du régulateur.

Une avance stratégique sur la concurrence américaine

L’annonce de vols TIA début 2026 place Joby en tête d’une course très disputée. D’autres acteurs américains avancent, mais aucun n’a encore communiqué un calendrier aussi précis pour cette phase ultime.

Cette avance ne garantit pas une certification immédiate. Les TIA peuvent révéler des ajustements nécessaires, parfois mineurs, parfois plus structurants. Toutefois, historiquement, un programme qui entre en TIA avec l’accord de la FAA dispose déjà de la majorité des éléments requis.

Dans un marché où les retards sont fréquents, la capacité de Joby à maintenir un calendrier crédible constitue un avantage compétitif majeur. Cela renforce aussi sa position vis-à-vis des partenaires commerciaux et des collectivités locales prêtes à accueillir des services de taxis volants.

Les implications pour le transport aérien urbain

Au-delà du cas Joby, l’entrée en TIA a une portée systémique. Elle valide la possibilité d’intégrer des eVTOL certifiés dans l’espace aérien américain sans créer de rupture réglementaire.

Si la certification de type est obtenue dans la foulée, les premières opérations commerciales pourraient débuter avec des pilotes à bord, avant une éventuelle automatisation partielle à long terme. Cette approche graduelle correspond à la philosophie de la FAA : introduire l’innovation sans affaiblir les standards de sécurité.

Les gains potentiels sont significatifs. Sur des trajets de 30 à 50 km, un eVTOL peut réduire le temps de parcours de plus de 60 % par rapport au transport routier aux heures de pointe. Ces chiffres expliquent l’intérêt des métropoles américaines pour ce type de solution, à condition que la sécurité et l’acceptabilité sociale soient démontrées.

Une étape qui ne laisse plus place à l’improvisation

L’entrée en phase TIA agit comme un révélateur. Elle distingue les projets conceptuels des programmes capables de tenir leurs promesses industrielles et réglementaires. Pour Joby, cette étape confirme une trajectoire construite sur la durée, sans raccourcis.

La FAA, de son côté, envoie un signal clair : la mobilité aérienne urbaine n’est plus un exercice théorique, mais un dossier concret, évalué selon les mêmes critères de rigueur que l’aviation commerciale traditionnelle.

Le succès ou l’échec de ces vols d’inspection aura des répercussions bien au-delà de Joby. Il influencera la perception des investisseurs, la confiance des collectivités et la stratégie des concurrents. Dans un secteur où la crédibilité se mesure autant en heures de vol qu’en conformité réglementaire, les TIA constituent un point de non-retour.

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