Joby et Reuben Brothers préparent un vertiport à Park Elm, à Los Angeles, pour accélérer l’arrivée des taxis aériens électriques.
Joby Aviation et Reuben Brothers ont annoncé une alliance pour créer un vertiport passager à Park Elm Residences at Century Plaza, dans le quartier de Century City à Los Angeles. Le projet repose sur la conversion d’un héliport existant, situé sur la South Tower, afin d’accueillir les eVTOL électriques de Joby, avec infrastructure de recharge et salon passager. L’annonce, publiée fin avril puis remise en avant mi-mai dans la communication de Joby sur l’aviation durable, s’inscrit dans la préparation des premières opérations commerciales américaines et dans la montée en puissance de Los Angeles avant les Jeux olympiques de 2028. Le symbole est fort. Joby ne vend plus seulement un avion. L’entreprise cherche à construire l’écosystème qui rendra le taxi aérien électrique utilisable : vertiports, recharge, expérience client, autorisations locales et intégration urbaine. Mais le projet reste soumis aux approbations réglementaires.
Le vertiport de Park Elm transforme un héliport en infrastructure eVTOL
L’alliance entre Joby Aviation et Reuben Brothers est importante parce qu’elle porte sur un élément souvent sous-estimé dans la mobilité aérienne avancée : l’infrastructure. Un eVTOL ne suffit pas à créer un service d’air taxi. Il faut des points de départ et d’arrivée, des zones d’embarquement, des systèmes de recharge, des procédures de sécurité, des accès au sol et une acceptation locale.
Le projet annoncé à Park Elm Residences at Century Plaza répond précisément à cette logique. Reuben Brothers prévoit de transformer l’héliport existant de la South Tower en vertiport pour l’appareil électrique de Joby. Le site doit permettre des opérations de décollage et d’atterrissage verticaux, mais aussi la recharge de l’appareil. Joby doit prendre en charge la construction du vertiport, l’aménagement du salon passager, l’organisation des vols et l’expérience client.
Le choix de Park Elm n’est pas neutre. Century City est l’un des pôles les plus aisés et les plus denses de l’ouest de Los Angeles. Le quartier concentre des bureaux, des résidences de haut standing, des hôtels, des cabinets d’avocats, des sociétés de divertissement et des accès routiers régulièrement saturés. Dans cette géographie, le taxi aérien électrique peut être présenté comme une réponse à un problème très concret : le temps perdu dans la circulation.
Le projet donne aussi une indication sur le marché visé au départ. Il ne s’agit pas d’un service populaire dès le premier jour. Il s’agit d’un service premium, intégré à une résidence de luxe, conçu pour des passagers capables de payer un gain de temps. C’est une stratégie réaliste. Les premiers taxis aériens électriques ne seront pas des transports de masse. Ils viseront d’abord les liaisons à forte valeur, les aéroports, les quartiers d’affaires, les grands événements et les clients qui achètent du temps.
Le partenariat avec Reuben Brothers donne à Joby un accès immobilier stratégique
Reuben Brothers n’est pas un simple propriétaire d’immeuble. Le groupe est un acteur majeur de l’investissement privé et immobilier, présent dans des actifs de prestige. À Los Angeles, son implication donne à Joby un partenaire capable de transformer un emplacement rare en infrastructure aérienne urbaine.
C’est une différence majeure avec les annonces plus abstraites de vertiports. Beaucoup de projets de mobilité aérienne avancée décrivent des réseaux futurs. Mais peu disposent d’un site précis, avec une infrastructure aérienne existante, dans un quartier premium et avec un propriétaire prêt à intégrer le service à son offre résidentielle.
Park Elm Residences at Century Plaza présente un avantage : son héliport existe déjà. Cela ne supprime pas les autorisations nécessaires. Joby et Reuben Brothers doivent encore obtenir les approbations locales, étatiques et fédérales. Mais la conversion d’un héliport existant peut être plus crédible que la création d’une plateforme aérienne entièrement nouvelle dans une ville politiquement sensible.
Le projet est aussi un test de marché. Reuben Brothers prévoit d’intégrer le service Joby parmi les commodités offertes aux résidents de Park Elm. Le taxi aérien devient alors une extension du luxe immobilier. La piscine, le spa, la conciergerie et le parking ne suffisent plus. L’accès aérien peut devenir un marqueur de statut, surtout dans une ville où les temps de trajet sont un irritant permanent.
Cette logique est puissante, mais elle pose une question sociale. Los Angeles accepte difficilement les infrastructures perçues comme réservées à une minorité riche lorsqu’elles créent des externalités pour les quartiers environnants. Le bruit, les trajectoires, la sécurité et la fréquence des vols devront être expliqués avec précision. L’eVTOL promet d’être plus silencieux qu’un hélicoptère. Mais moins bruyant ne veut pas dire invisible.
L’appareil de Joby vise le court-courrier urbain haut de gamme
L’eVTOL de Joby est conçu pour transporter un pilote et quatre passagers. Il utilise six rotors basculants. Cette architecture lui permet de décoller verticalement, puis de passer au vol horizontal porté par une aile. Ce point est central. Le vol vertical consomme beaucoup d’énergie. Le vol sur aile permet de réduire la consommation et d’augmenter la distance franchissable.
Joby annonce une vitesse maximale d’environ 322 km/h, soit 200 mph. L’autonomie maximale communiquée atteint environ 241 km, soit 150 miles, selon les conditions et les profils de mission. L’appareil est électrique et ne produit pas d’émissions directes en vol. Il faut toutefois être précis : le terme zéro émission concerne l’exploitation de l’aéronef, pas l’ensemble du cycle de vie. La production de batteries, la source de l’électricité et l’infrastructure au sol ont aussi une empreinte environnementale.
Le modèle de Joby est adapté à des trajets comme Century City vers Los Angeles International Airport, Hollywood, Santa Monica, Orange County ou d’autres points du Grand Los Angeles. Le gain de temps peut être significatif si le trajet routier dépasse une heure. En revanche, l’avantage disparaît si le passager doit perdre trop de temps pour accéder au vertiport, attendre l’embarquement, subir des contraintes de sécurité ou terminer son trajet par une longue correspondance routière.
L’entreprise tente de répondre à ce problème par une approche intégrée. Joby présente son service comme un déplacement de bout en bout, coordonné par application, avec des liaisons au sol vers et depuis les vertiports. Ce détail est essentiel. Le taxi aérien ne gagnera pas seulement par sa vitesse en vol. Il gagnera s’il réduit le temps total du trajet.
Le projet Park Elm permet justement de tester cette promesse. Si un résident peut monter depuis son immeuble, embarquer dans un salon dédié, voler vers un autre point de Los Angeles et terminer son trajet rapidement, l’intérêt devient tangible. Si l’expérience reste lourde, rare ou trop chère, le marché restera marginal.
Le calendrier de Los Angeles 2028 accélère la pression industrielle
Les Jeux olympiques et paralympiques de Los Angeles 2028 constituent un accélérateur évident. La ville veut réduire la pression sur un réseau routier déjà saturé. Les organisateurs veulent aussi présenter une image de modernité. Dans ce contexte, les taxis aériens électriques deviennent un symbole politique et technologique.
Archer Aviation a déjà été sélectionné comme fournisseur officiel d’air taxi pour LA28 et Team USA. Son appareil Midnight doit transporter jusqu’à quatre passagers sur des trajets courts de 10 à 20 minutes entre des vertiports situés près de lieux clés comme Los Angeles International Airport, SoFi Stadium, Hollywood, Santa Monica ou Orange County. Archer a aussi acquis les droits d’exploitation liés à Hawthorne Airport pour environ 126 millions de dollars, afin d’en faire un hub important de ses opérations à Los Angeles.
Joby n’est pas le fournisseur officiel des Jeux. Mais son alliance avec Reuben Brothers montre que la compétition de Los Angeles ne se jouera pas uniquement sur le label olympique. Elle se jouera aussi sur les emplacements. Un vertiport dans Century City peut offrir un avantage stratégique pour capter une clientèle d’affaires, résidentielle et événementielle.
La rivalité est donc plus subtile qu’un duel d’annonces. Archer dispose d’une visibilité institutionnelle liée à LA28. Joby construit une présence urbaine à travers un site immobilier premium. Les deux approches peuvent coexister. Elles peuvent aussi se heurter si les autorités locales limitent le nombre de routes, de plateformes ou de rotations autorisées.
Le calendrier est serré. Pour que des opérations crédibles existent en 2028, les premières validations doivent arriver bien avant. Il faut certifier les appareils, aménager les infrastructures, former les pilotes, mettre en place la maintenance, tester les procédures d’urgence, obtenir les autorisations locales et convaincre les riverains. Deux ans peuvent sembler longs. En aéronautique urbaine, c’est court.
Le vertiport devient le maillon faible de la mobilité aérienne avancée
L’industrie eVTOL a longtemps concentré son récit sur les appareils. Les images de prototypes volants ont attiré les investisseurs. Mais la prochaine bataille portera sur les vertiports urbains. Sans réseau de points d’accès, un air taxi électrique n’a pas de valeur commerciale durable.
Un vertiport doit répondre à plusieurs contraintes. Il doit supporter les charges de l’appareil. Il doit permettre un flux sécurisé de passagers. Il doit intégrer la recharge électrique. Il doit disposer de procédures incendie adaptées aux batteries haute tension. Il doit respecter les trajectoires aériennes locales. Il doit aussi être connecté au transport terrestre.
L’adaptation d’un héliport existant peut réduire certains obstacles. Mais les eVTOL ne sont pas de simples hélicoptères électriques. La recharge rapide, les cycles d’exploitation, la gestion thermique des batteries et les exigences de maintenance ajoutent de nouvelles contraintes. Le site devra aussi gérer les interactions entre résidents, passagers, opérateurs, équipes de sécurité et autorités.
La question électrique est centrale. Un eVTOL qui enchaîne les rotations doit être rechargé rapidement, sans fragiliser la batterie et sans saturer le réseau local. À Los Angeles, où la demande énergétique est déjà élevée, l’intégration de la recharge aéronautique devra être planifiée. Le projet Park Elm n’est pas seulement une plateforme de décollage. C’est une petite infrastructure énergétique.
Le vertiport devra aussi être acceptable. Les habitants des quartiers voisins voudront connaître le nombre de vols, les horaires, les niveaux sonores, les trajectoires et les règles de sécurité. Joby met en avant un appareil plus silencieux qu’un hélicoptère. C’est un argument fort. Mais l’acceptabilité dépendra de l’usage réel. Un vol ponctuel fascine. Des rotations répétées peuvent inquiéter.
Le modèle économique reste premium avant d’être massif
Le projet Park Elm révèle la première vraie clientèle de l’air taxi électrique : les passagers pour qui le temps vaut plus que le prix. C’est logique. Les premiers services seront coûteux à opérer. Les appareils auront quatre sièges passagers. Les pilotes, l’assurance, la maintenance, les vertiports, la recharge et les équipes au sol pèseront lourd.
Dans ces conditions, il serait irréaliste d’imaginer un service immédiatement comparable au métro ou au bus. Le taxi aérien électrique commencera plutôt comme une alternative à l’hélicoptère, au VTC premium ou à la limousine, avec une promesse de bruit réduit et d’émissions directes nulles. Le marché initial sera celui des liaisons aéroportuaires, des grands événements, des voyageurs d’affaires et des résidences haut de gamme.
Ce positionnement peut être critiqué. Il peut donner l’image d’une technologie réservée aux riches. Mais il correspond au cycle classique d’adoption des innovations de transport. Les premiers services coûtent cher. Les volumes sont faibles. Les opérateurs cherchent des clients capables de financer l’apprentissage. Le vrai test viendra ensuite : les coûts baisseront-ils assez pour ouvrir le service à une clientèle plus large ?
Joby devra prouver que son modèle peut dépasser l’effet vitrine. Un vertiport à Park Elm est utile pour la marque. Il l’est aussi pour l’expérience client. Mais un réseau ne peut pas reposer sur un seul site. Il faudra d’autres points à Los Angeles, des correspondances efficaces, des horaires fiables, des prix compréhensibles et des annulations limitées.
Le service devra aussi rester simple. Le passager ne veut pas comprendre les contraintes aéronautiques. Il veut réserver, arriver, embarquer et gagner du temps. Cette simplicité apparente demandera une organisation très lourde en arrière-plan.
La réglementation décidera du rythme réel
Joby et Reuben Brothers ont indiqué qu’ils rechercheraient toutes les autorisations nécessaires auprès des autorités locales, étatiques et fédérales. Cette phrase est administrative. Elle est pourtant déterminante. Le projet n’existe commercialement que si ces autorisations arrivent.
Aux États-Unis, la Federal Aviation Administration supervise l’espace aérien et la sécurité aéronautique. Les collectivités locales interviennent sur l’usage du sol, les nuisances, les permis et l’intégration urbaine. La Californie ajoute ses propres exigences. Los Angeles possède enfin une culture politique très sensible aux questions de bruit, de pollution, d’équité et de sécurité.
L’eVTOL de Joby avance dans son processus de certification FAA, avec des appareils destinés aux essais réglementaires. Mais la certification de l’aéronef ne suffit pas. Il faut aussi autoriser les opérations, qualifier les pilotes, valider les infrastructures et démontrer des procédures robustes.
C’est ici que l’accord avec Reuben Brothers prend de la valeur. Il donne à Joby un terrain précis pour préparer les discussions réglementaires. Les autorités peuvent examiner un site, un bâtiment, une plateforme, des flux de passagers et une configuration technique. C’est plus concret qu’un plan général sur une carte.
Le risque reste réel. Des retards de certification, des oppositions locales, des contraintes électriques ou des demandes supplémentaires de sécurité peuvent repousser le calendrier. Le marché eVTOL a souvent sous-estimé le temps réglementaire. Los Angeles ne sera pas une exception.
Le projet Park Elm donne une image claire de l’air taxi de demain
Le hub air taxi de Joby à Park Elm n’annonce pas la fin des embouteillages à Los Angeles. Il ne transforme pas immédiatement la ville. Il ne garantit pas non plus un service commercial massif avant 2028. Mais il montre une évolution importante : l’eVTOL entre dans l’immobilier, dans l’expérience résidentielle et dans les préparatifs concrets de l’exploitation.
C’est un signe de maturité. Les constructeurs ne peuvent plus seulement promettre des avions électriques. Ils doivent sécuriser des sites, convaincre des propriétaires, négocier avec les autorités, préparer la recharge, aménager des salons et définir l’expérience passager. C’est moins spectaculaire qu’un vol de démonstration. C’est pourtant plus important.
À Los Angeles, Joby et Archer suivent deux voies différentes vers le même objectif. Archer détient l’étiquette officielle des Jeux de 2028. Joby installe son empreinte dans un lieu stratégique de Century City. Les deux entreprises savent que la bataille ne se jouera pas uniquement dans le ciel. Elle se jouera sur les toits, dans les permis, dans les quartiers et dans la capacité à faire accepter un nouveau mode de transport.
Le projet Park Elm donne donc une première image de ce que pourrait être le taxi aérien électrique américain : un service propre en exploitation, rapide, premium, très encadré, encore rare, et dépendant d’une infrastructure immobilière difficile à reproduire. Si cette première génération fonctionne, elle ouvrira la porte à des réseaux plus larges. Si elle échoue, ce ne sera pas forcément à cause des avions. Ce sera peut-être parce que les villes, les coûts et les usages auront été plus durs que prévu.
HELICOLAND est le spécialiste de l’hélicoptère.
