Stratégie nationale AAM : Washington mise sur les eVTOL

eVTOL USA

Les États-Unis dévoilent leur première stratégie nationale pour la mobilité aérienne avancée. Objectif : intégrer les eVTOL et dominer le vol automatisé.

Le 17 février 2026, le Secrétaire aux Transports Sean P. Duffy a présenté la première Stratégie nationale AAM des États-Unis. Ce document cadre vise à structurer l’essor de la mobilité aérienne avancée et à intégrer les eVTOL dans l’espace aérien américain. Il comprend 40 recommandations clés couvrant la certification, la gestion du trafic, l’automatisation, les infrastructures au sol et la cybersécurité. L’objectif affiché est clair : positionner les États-Unis comme leader mondial du vol automatisé et de l’aviation électrique. Le plan mobilise la Federal Aviation Administration, la NASA, le Department of Defense et les autorités locales. Il prévoit des corridors d’essai, une modernisation du système de contrôle aérien et des normes communes pour les vertiports. Dans un contexte de compétition technologique avec l’Europe et la Chine, Washington entend accélérer l’industrialisation tout en maintenant des standards de sécurité élevés.

La naissance d’un cadre fédéral pour la mobilité aérienne avancée

L’annonce marque un tournant. Jusqu’ici, la mobilité aérienne avancée reposait sur des initiatives fragmentées. La Federal Aviation Administration (FAA) travaillait sur la certification des appareils électriques à décollage et atterrissage verticaux. La NASA développait des démonstrateurs pour l’intégration dans le trafic aérien. Les États, comme la Floride ou la Californie, soutenaient des projets pilotes.

La stratégie présentée par Sean P. Duffy unifie ces efforts. Elle définit un cadre national. Elle fixe des priorités. Elle répartit les responsabilités entre agences.

Le document s’appuie sur un constat simple. Le marché mondial de l’Advanced Air Mobility pourrait atteindre plus de 1 000 milliards de dollars (environ 930 milliards d’euros) d’ici 2040 selon plusieurs estimations industrielles. Les États-Unis hébergent déjà des acteurs majeurs comme Joby Aviation, Archer Aviation ou Beta Technologies. Mais l’avance technologique ne garantit pas la domination industrielle.

Washington veut éviter l’erreur commise dans d’autres secteurs stratégiques. La stratégie AAM vise à coordonner réglementation, infrastructures et investissements publics.

Les 40 recommandations pour intégrer les eVTOL

Le cœur du document repose sur 40 recommandations structurées autour de quatre axes.

L’intégration dans l’espace aérien américain

Le premier axe concerne l’intégration des eVTOL dans le National Airspace System. Les appareils devront cohabiter avec l’aviation commerciale, les hélicoptères et les drones.

La FAA travaille déjà sur des règles spécifiques dans le cadre de la certification Part 21 et Part 23 adaptées aux aéronefs électriques. La stratégie prévoit d’accélérer les processus de certification tout en maintenant un niveau de sécurité équivalent à celui de l’aviation commerciale.

Un point clé concerne la gestion du trafic à basse altitude. Les vols AAM évolueront majoritairement entre 300 et 900 mètres (1 000 à 3 000 pieds). La stratégie recommande le déploiement progressif de systèmes UTM (Unmanned Traffic Management) interconnectés avec le contrôle aérien traditionnel.

Elle prévoit aussi des corridors aériens dédiés dans les zones urbaines pilotes, avec des procédures standardisées pour le décollage et l’approche verticale.

Le développement des infrastructures au sol

Sans vertiports, pas de mobilité aérienne avancée. Le deuxième axe cible les infrastructures.

La stratégie recommande l’élaboration de normes nationales pour les vertiports, incluant les dimensions des plateformes, les systèmes de recharge électrique haute puissance et les dispositifs de sécurité incendie. Un eVTOL typique consomme entre 500 et 800 kWh par cycle opérationnel selon sa masse et son profil de mission.

Le Department of Transportation propose des partenariats public-privé pour financer ces installations. Les aéroports secondaires et les héliports existants pourraient servir de premières bases d’exploitation.

Les villes volontaires bénéficieront d’un soutien fédéral pour les études d’impact environnemental et acoustique. Les prototypes actuels annoncent des niveaux sonores inférieurs à 65 dB(A) à 100 mètres, soit nettement moins qu’un hélicoptère conventionnel.

L’automatisation et la cybersécurité

Le troisième axe porte sur le vol automatisé. La plupart des eVTOL actuellement en développement sont pilotés. Mais l’objectif à long terme reste l’autonomie partielle ou complète.

La stratégie encourage la mise en place de standards pour les systèmes de pilotage automatique avancés et les liaisons de données sécurisées. Les architectures devront être redondantes. Les logiciels critiques devront répondre aux normes DO-178C niveau A, le plus exigeant en aviation.

La cybersécurité figure parmi les priorités. Les appareils seront connectés en permanence aux réseaux de gestion du trafic et aux opérateurs. Le document recommande des audits réguliers et l’intégration de protocoles de chiffrement de niveau militaire pour les communications critiques.

La formation et l’acceptabilité sociale

Le dernier axe concerne le capital humain. La mobilité aérienne avancée nécessitera des pilotes formés aux spécificités électriques et aux systèmes automatisés.

La FAA estime que plusieurs milliers de nouveaux pilotes pourraient être nécessaires d’ici 2035 si le marché se développe conformément aux projections. La stratégie propose d’adapter les cursus existants et de créer des certifications spécifiques.

L’acceptabilité sociale reste un enjeu. Les communautés locales devront être associées aux projets. Les études d’impact environnemental seront systématiques.

Le rôle central de la FAA et des agences fédérales

La FAA occupe une position centrale. Elle est responsable de la certification des aéronefs, des opérateurs et des infrastructures.

En 2023, la FAA avait déjà publié une mise à jour sur la certification des eVTOL en les classant dans la catégorie « powered-lift ». Cette décision permet d’adapter les règles existantes au lieu de créer un cadre entièrement nouveau.

La stratégie nationale AAM confirme cette approche pragmatique. Elle fixe des échéances. Certaines recommandations doivent être mises en œuvre d’ici 2028.

La NASA continue de soutenir les recherches sur l’intégration du trafic AAM grâce à son programme Advanced Air Mobility National Campaign. Le Department of Defense est également impliqué. Les forces armées américaines testent des plateformes eVTOL pour des missions logistiques et médicales.

Cette coordination inter-agences constitue l’un des piliers du plan.

La compétition internationale pour le leadership

La mobilité aérienne avancée n’est pas un sujet uniquement américain. L’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) a déjà publié un cadre réglementaire spécifique pour les VTOL électriques. En Chine, des entreprises comme EHang ont obtenu des certifications nationales pour des drones passagers autonomes.

La stratégie américaine répond à cette concurrence. Elle vise explicitement à faire des États-Unis le leader mondial du secteur.

Les investissements privés sont déjà massifs. Depuis 2019, plus de 15 milliards de dollars (environ 14 milliards d’euros) ont été levés par les entreprises américaines d’eVTOL selon les données sectorielles. Mais le passage à la production de série reste un défi industriel.

La stratégie encourage le soutien aux chaînes d’approvisionnement nationales, notamment pour les batteries lithium-ion de forte capacité et les systèmes de propulsion électrique.

Les enjeux économiques et industriels

Le développement de la mobilité aérienne avancée pourrait générer des dizaines de milliers d’emplois. La fabrication, la maintenance et l’exploitation des eVTOL nécessiteront des compétences variées.

Le coût d’exploitation annoncé par certains constructeurs se situe entre 3 et 6 dollars par mile (environ 1,6 km) à maturité industrielle. L’objectif est de rendre le transport aérien urbain compétitif face aux services de VTC premium.

Mais les projections reposent sur une forte densité d’utilisation. Un eVTOL doit effectuer plusieurs rotations par heure pour amortir ses coûts.

La stratégie nationale AAM tente de créer les conditions d’un marché viable. Elle mise sur une montée en puissance progressive, avec des opérations initiales sur des liaisons aéroport-centre-ville.

Les défis techniques encore à surmonter

Malgré l’optimisme affiché, plusieurs défis subsistent.

La densité énergétique des batteries limite l’autonomie. La plupart des eVTOL actuels annoncent des rayons d’action compris entre 80 et 160 kilomètres. Les cycles de recharge rapides imposent des contraintes thermiques importantes.

La gestion simultanée de centaines d’appareils en environnement urbain représente un défi inédit pour le contrôle aérien. Les systèmes automatisés devront prouver leur fiabilité sur des millions d’heures de vol.

La sécurité restera l’arbitre ultime. L’aviation commerciale affiche un taux d’accident extrêmement faible, de l’ordre de 0,2 accident mortel par million de vols. Les eVTOL devront atteindre un niveau comparable pour obtenir la confiance du public.

Une feuille de route qui engage la crédibilité américaine

La Stratégie nationale AAM fixe un cap ambitieux. Elle reconnaît que l’innovation technologique ne suffit pas. Il faut un écosystème réglementaire cohérent, des infrastructures adaptées et une coordination politique forte.

Les États-Unis disposent d’atouts indéniables : un marché intérieur vaste, un écosystème de capital-risque dynamique et des acteurs industriels solides. Mais la fenêtre d’opportunité est étroite.

Si les recommandations sont mises en œuvre rapidement, la mobilité aérienne avancée pourrait devenir un pilier de l’aviation du XXIe siècle. Si les retards s’accumulent, d’autres puissances pourraient imposer leurs standards.

Le pari est clair. Washington ne veut pas seulement participer à cette révolution. Il veut en écrire les règles.

HELICOLAND est le spécialiste de l’hélicoptère.

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