Ka-52, Mi-8, Mi-24, Black Hawk : la guerre en Ukraine a bouleversé l’emploi des hélicoptères militaires face aux missiles et aux drones.
La guerre en Ukraine n’a pas condamné l’hélicoptère militaire. Elle a profondément modifié son emploi. En février 2022, la Russie engage encore ses Ka-52, Mi-28, Mi-35 et Mi-8 dans des raids à basse altitude et des assauts aéroportés, notamment à Hostomel. Les pertes imposent rapidement une autre doctrine. Les hélicoptères d’attaque reculent derrière la ligne de front et privilégient les missiles antichars tirés à distance. L’Ukraine suit une logique différente avec ses Mi-8, Mi-17 et Mi-24 : vols à très basse altitude, frappes par roquettes, logistique, évacuations et missions spéciales. Des Sea King britanniques et des UH-60 Black Hawk ont complété cette flotte. Depuis 2025, un nouveau rôle s’affirme : la lutte contre les drones. Le conflit démontre ainsi qu’un hélicoptère reste précieux, mais qu’il devient extrêmement vulnérable dès qu’il s’expose durablement au-dessus d’un champ de bataille saturé de capteurs et de missiles.
Les premiers mois ont révélé la vulnérabilité de l’hélicoptère
La bataille de l’aéroport d’Hostomel, le 24 février 2022, résume les ambitions initiales de la Russie et leurs limites.
Selon une analyse du Royal United Services Institute, 34 hélicoptères russes participent à l’opération. Ka-52 et Mi-24 assurent l’escorte tandis que des Mi-8 transportent entre 200 et 300 soldats des VDV et des forces spéciales. Les appareils volent très bas pour échapper aux radars.
La tactique fonctionne partiellement : les troupes sont déposées. Mais environ 17 % des hélicoptères engagés vers Hostomel sont perdus, principalement sous les tirs de systèmes portables de défense antiaérienne. L’aéroport ne peut ensuite être utilisé comme prévu en raison des contre-attaques ukrainiennes et des tirs d’artillerie.
Le problème apparaît immédiatement. Voler à quelques dizaines de mètres du sol réduit la détection radar mais rapproche l’hélicoptère des MANPADS, mitrailleuses, canons légers et désormais des drones.
Dans les premières semaines, les Ka-52 russes pénètrent parfois jusqu’à environ 50 km derrière les lignes ukrainiennes dans les zones où la défense antiaérienne a été fortement perturbée. Cette liberté disparaît rapidement lorsque le réseau ukrainien se reconstitue.
Les Ka-52 et Mi-28 sont devenus des tireurs à distance
La Russie engage principalement le Ka-52 Alligator, le Mi-28N et Mi-28NM, le Mi-35M ainsi que différentes versions du Mi-8.
Le Ka-52 Alligator figure parmi les principaux hélicoptères de combat modernes. Son rotor coaxial lui procure une bonne manœuvrabilité à basse altitude. Il dispose d’un canon 2A42 de 30 mm et peut employer des missiles antichars Vikhr et Ataka.
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Mais son emploi a changé.
Pendant la contre-offensive ukrainienne de 2023, les Ka-52 ont obtenu des résultats importants contre les colonnes blindées ukrainiennes. Les hélicoptères restaient généralement à 8 à 10 km de leurs objectifs et tiraient leurs missiles depuis la profondeur russe. La faiblesse temporaire de la défense antiaérienne tactique ukrainienne leur offrait une fenêtre d’action.
La Russie a ensuite développé cette logique de stand-off avec le missile Izdeliye 305, ou LMUR, notamment sur le Mi-28NM. L’arme dispose d’un autodirecteur électro-optique et permet au tireur de travailler beaucoup plus loin qu’avec un canon ou des roquettes directement tirées sur la cible.
C’est désormais la règle essentielle : l’hélicoptère survit en restant à distance.
Le prix payé par la Russie est lourd. La base OSINT Oryx comptabilise au moins 175 hélicoptères russes détruits, endommagés ou capturés visuellement documentés depuis février 2022. Elle recense notamment environ 68 pertes documentées de Ka-52, 51 Mi-8 et 20 Mi-28. Ces chiffres constituent des minimums vérifiés par images et non une estimation exhaustive des pertes réelles.
Les Mi-8 ukrainiens sont devenus les couteaux suisses du front
L’Ukraine utilise surtout des Mi-8 et Mi-17 pour le transport, la logistique et le soutien, ainsi que des Mi-24 pour les missions armées.
Ces appareils soviétiques n’ont rien de récent. Leur polyvalence explique pourtant leur longévité. Le Mi-8 peut transporter des soldats, des munitions ou des blessés et recevoir des paniers de roquettes.
Les équipages ukrainiens volent fréquemment à très basse altitude en utilisant arbres, relief et bâtiments pour masquer leur approche. Lors des frappes, ils peuvent cabrer l’appareil et lancer des roquettes non guidées suivant une trajectoire balistique vers une zone située plusieurs kilomètres plus loin.
La précision est nettement inférieure à celle d’un missile guidé. Mais l’hélicoptère ne doit alors pas survoler directement la cible.
Les missions d’Azovstal ont montré une utilisation beaucoup plus risquée. Au printemps 2022, des Mi-8 ukrainiens ont traversé les lignes russes pour apporter munitions, médicaments et renforts dans Marioupol assiégée puis évacuer des blessés. Les autorités ukrainiennes ont par la suite décrit une opération impliquant 16 Mi-8. Plusieurs appareils et équipages ont été perdus.
Ces vols restent parmi les opérations héliportées les plus audacieuses de la guerre.

Les Black Hawk et Sea King occupent des niches particulières
L’aide occidentale n’a pas remplacé la flotte soviétique ukrainienne, mais elle lui a ajouté certaines capacités.
Le Royaume-Uni a livré trois Westland Sea King après avoir entraîné dix équipages ukrainiens et leurs techniciens. Leur mission initiale était surtout orientée vers la recherche et le sauvetage ainsi que les opérations maritimes.
Le renseignement militaire ukrainien utilise également plusieurs UH-60 Black Hawk. Ces appareils servent notamment à l’insertion de forces spéciales, aux évacuations et aux missions nocturnes.
Le UH-60 offre une avionique, une ergonomie et une mobilité supérieures aux appareils soviétiques plus anciens.
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Ils restent cependant peu nombreux. La guerre ukrainienne n’est donc pas devenue un conflit d’Apache ou de Black Hawk occidentaux : le Mi-8 reste indispensable.
Les drones ont créé un nouveau rôle pour les hélicoptères ukrainiens
L’une des évolutions les plus inattendues concerne la défense aérienne.
En juillet 2026, les autorités ukrainiennes indiquaient que l’aviation de l’armée avait déjà réalisé des milliers de missions depuis le début de l’invasion, comprenant frappes, évacuations, logistique mais aussi interception de Shahed.
Un mitrailleur ukrainien crédité de 195 sorties avait, selon la présidence ukrainienne, détruit personnellement plus de 200 drones entre juillet et novembre 2025.
Le principe est simple. Un Mi-8 peut poursuivre un Shahed relativement lent et permettre à un tireur de l’engager avec une arme de bord. Cette solution coûte moins cher que l’emploi systématique d’un missile sol-air moderne.
L’évolution devient encore plus intéressante en 2026. Des images diffusées en août montrent un Mi-8 ukrainien équipé d’au moins trois drones intercepteurs Litavr sous ses pylônes. Ces engins peuvent atteindre environ 350 km/h et disposent d’une portée annoncée de 40 km.
L’hélicoptère devient alors une plateforme aérienne de lancement de drones.
Cette transformation s’inscrit dans l’évolution plus générale des usages militaires de l’hélicoptère.
Voir le dossier Helicoland :
https://www.helicoland.com/usages/
Les drones rendent aussi l’hélicoptère beaucoup plus vulnérable
Le paradoxe est brutal : les drones offrent de nouvelles missions aux hélicoptères tout en rendant leur environnement beaucoup plus dangereux.
Un appareil stationné sur un terrain situé à plusieurs dizaines de kilomètres du front peut désormais être repéré par satellite ou drone, géolocalisé puis frappé par une munition rôdeuse, un missile ou un FPV.
Même en vol, l’avantage n’est plus garanti.
Le 31 décembre 2024, des drones navals ukrainiens Magura V5 équipés de missiles ont attaqué des hélicoptères russes au-dessus de la mer Noire. Le renseignement militaire ukrainien affirme que deux Mi-8 ont été détruits et un troisième endommagé.
Il s’agit d’une évolution majeure. Une plateforme navale sans équipage peut désormais constituer une menace antiaérienne pour un hélicoptère.
En mars 2025, des drones FPV ukrainiens ont également frappé un Mi-8 russe au sol en Crimée.
Les résultats imposent une nouvelle doctrine de l’hélicoptère militaire
La guerre en Ukraine n’a pas démontré que l’hélicoptère était dépassé.
Elle a démontré que son ancien mode d’emploi l’était.
Un hélicoptère d’attaque qui stationne au-dessus du champ de bataille pour rechercher lui-même ses cibles devient extrêmement vulnérable. Un transport qui traverse une zone couverte par des MANPADS sans suppression préalable des défenses prend un risque considérable.
Les missions qui conservent leur valeur sont beaucoup plus précises : lancement de missiles à distance, transport très basse altitude, opérations spéciales, évacuation, logistique, recherche et sauvetage et désormais interception de drones.
Les analyses du Royal United Services Institute montrent ainsi que le conflit a repoussé les hélicoptères plus loin du front sans supprimer l’intérêt fondamental de la mobilité verticale.
C’est probablement la leçon la plus importante de l’Ukraine. L’hélicoptère n’est plus le prédateur presque libre observé lors de conflits asymétriques comme l’Afghanistan ou l’Irak. Il évolue désormais dans un ciel où chaque position peut être observée et où missiles portables, radars, drones FPV et systèmes de guerre électronique se superposent.
Il reste indispensable, mais il ne peut plus se permettre d’être visible longtemps.