Bucarest commande 12 Airbus H225M Caracal pour moderniser ses forces, remplacer ses Puma et développer une filière industrielle avec IAR Brașov.
La Roumanie franchit une étape importante dans la modernisation de ses forces aéromobiles avec l’acquisition de 12 Airbus H225M Caracal. Le contrat représente environ 757 millions d’euros, avec soutien logistique initial et formation, dans une enveloppe globale approuvée de 852 millions d’euros. L’achat est conduit avec la Direction générale de l’armement française dans le cadre du programme européen SAFE. Les appareils remplaceront progressivement les IAR-330 Puma roumains et seront configurés pour l’attaque, la reconnaissance, la surveillance, la protection tactique et les opérations d’assaut aéroporté de jour comme de nuit. Le premier H225M doit être livré environ 38 mois après la contractualisation, puis les livraisons se poursuivront jusqu’en 2030. La commande profite directement à Airbus Helicopters et à son site industriel de Marignane. Elle prépare aussi une seconde étape : le transfert de compétences vers IAR Brașov et une possible production future de H225M en Roumanie.
Le contrat de 757 millions d’euros dépasse la simple acquisition d’hélicoptères
L’annonce officialisée par Airbus Helicopters le 7 octobre 2026 met fin à plusieurs mois de préparation. Bucarest a retenu 12 hélicoptères militaires H225M dans le cadre d’un achat conduit avec la Direction générale de l’armement française.
Le montant de l’ordre d’acquisition atteint environ 757 millions d’euros. Il comprend les appareils, un premier ensemble de soutien logistique et la formation des personnels. Rapporté mécaniquement aux douze machines, cela représente environ 63 millions d’euros par appareil, mais ce chiffre ne constitue pas le prix unitaire de l’hélicoptère : il englobe également le soutien et la mise en service de la flotte.
L’enveloppe totale approuvée par la Roumanie pour le programme atteint 852 millions d’euros. La différence couvre notamment les dépenses nécessaires à l’exécution générale du programme et à la coopération industrielle.
La commande relève de Security Action for Europe, ou SAFE. Cet instrument européen doit accélérer les investissements militaires des États membres tout en privilégiant l’industrie européenne. Au moins 65 % de la valeur des équipements éligibles doit provenir des États participant au dispositif.
Bucarest bénéficie d’une allocation SAFE de plusieurs milliards d’euros. Pour la Roumanie, l’achat du H225M est donc à la fois militaire, industriel et politique.
Le H225M doit remplacer une flotte Puma devenue ancienne
Le choix du H225M est particulièrement cohérent avec l’histoire aéronautique roumaine. L’armée utilise depuis plusieurs décennies l’IAR-330 Puma, produit localement sous licence Aérospatiale.
Selon Janes, l’armée de l’air roumaine exploite encore environ 57 IAR-330, tandis que les forces navales disposent également de Puma. La Roumanie a par ailleurs déjà commandé deux H215M en configuration navale.
Le H225M appartient directement à cette lignée. Il constitue l’évolution moderne de la famille Super Puma et Cougar. La transition limite donc partiellement la rupture culturelle et technique pour les équipages roumains, même si le niveau de systèmes embarqués est sans commune mesure avec celui des anciens Puma.
Les douze nouveaux appareils doivent commencer le remplacement de cette flotte dans les missions conventionnelles et les opérations spéciales.
La configuration roumaine sera particulièrement militaire. Bucarest prévoit des capacités d’attaque de cibles terrestres, de reconnaissance, de surveillance, de protection tactique et d’assaut aéroporté. Les opérations devront pouvoir être conduites de jour comme de nuit.
Il ne s’agit donc pas simplement d’acheter un hélicoptère de transport.
Le Caracal apporte une capacité de projection beaucoup plus importante
Le H225M Caracal est un biturbine militaire de la catégorie des 11 tonnes. Sa masse maximale au décollage atteint 11 000 kg et peut monter à 11 200 kg avec une charge extérieure.
Sa cabine peut accueillir jusqu’à 28 militaires équipés. L’appareil peut également transporter une charge de 4 750 kg sous élingue.
Deux turbines Safran Helicopter Engines Makila 2A1 assurent la propulsion. Chaque moteur délivre environ 1 567 kW, soit près de 2 100 shp, au décollage. Ils disposent d’une régulation électronique FADEC à double canal.
Le H225M atteint une vitesse de croisière recommandée d’environ 262 km/h et une vitesse maximale de 324 km/h. Son autonomie atteint 920 km avec les réservoirs standards et 1 253 km avec des réservoirs supplémentaires.
Ces caractéristiques comptent pour la Roumanie. Le pays doit couvrir un territoire de 238 000 km², une longue frontière orientale et la façade de la mer Noire, à proximité immédiate du théâtre ukrainien.
Le H225M dispose également de capacités de ravitaillement en vol selon les configurations. Il peut ainsi mener des opérations d’insertion, de récupération de personnel ou de Combat Search and Rescue sur des distances très supérieures à celles d’un hélicoptère tactique léger.

La configuration d’attaque élargit le rôle du H225M roumain
Le terme « multirôle » prend ici son sens réel. Le H225M peut recevoir des systèmes électro-optiques, des équipements de guerre électronique, des protections balistiques, des mitrailleuses de sabord et différents armements externes.
Airbus propose notamment son architecture HForce. Selon les configurations choisies par les clients, celle-ci permet d’intégrer des pods de mitrailleuses de 12,7 mm, des canons de 20 mm, des roquettes de 68 ou 70 mm et des armements guidés.
La composition exacte de l’armement roumain n’a pas été rendue publique. Il faut donc éviter d’attribuer aux futurs appareils des missiles ou capteurs qui n’ont pas été officiellement confirmés.
La logique opérationnelle est néanmoins claire. Bucarest cherche un hélicoptère capable de transporter des forces tout en disposant des moyens nécessaires pour reconnaître une zone, identifier une menace et éventuellement délivrer un appui-feu.
Cette évolution correspond à la modernisation actuelle de l’aérocombat européen, dans laquelle les hélicoptères deviennent des plateformes connectées capables de travailler avec d’autres aéronefs, des unités terrestres et, de plus en plus, des drones.
Le site de Marignane reste au cœur des douze premiers appareils
La dimension industrielle mérite d’être précisée. Les douze appareils de ce premier lot resteront très largement intégrés dans la chaîne industrielle d’Airbus Helicopters en France, dont Marignane constitue le centre du programme Super Puma.
La Roumanie a toutefois obtenu une contrepartie industrielle importante. Le ministère roumain de la Défense indique qu’IAR Brașov doit contribuer à hauteur d’environ 15 % du programme H225M.
Airbus et IAR travaillent ensemble depuis longtemps. Leur accord industriel concernant initialement le H215M a été étendu au H225M en 2025.
Bucarest veut aller beaucoup plus loin. Le gouvernement roumain a annoncé son intention de transférer progressivement des technologies et des licences vers IAR. Des salariés roumains doivent être formés en France afin de préparer une ligne locale d’assemblage final.
Cette ligne ne concerne pas nécessairement les douze premiers appareils.
L’objectif affiché est plutôt de préparer une commande ultérieure d’environ 30 H225M qui pourrait alors être produite en Roumanie. Un tel contrat changerait totalement l’échelle industrielle du programme.
La commande roumaine renforce une série commerciale favorable au H225M
Pour Airbus Helicopters, le contrat arrive à un moment favorable.
Plus de 350 H225 et H225M sont actuellement en service selon Airbus, et la famille a dépassé le million d’heures de vol. Le H225M compte désormais une douzaine de pays clients.
La Hongrie en a commandé 16. L’Irak a signé en 2024 pour douze appareils. Le Maroc a commandé dix H225M en novembre 2025. La France exploite elle-même le Caracal et poursuit le renouvellement de sa flotte.
La Roumanie ajoute donc un nouvel opérateur européen à cette base installée.
Le premier appareil roumain est attendu environ 38 mois après la contractualisation. Les livraisons doivent ensuite être échelonnées jusqu’en 2030.
Cette échéance est importante. Bucarest ne remplace pas seulement des hélicoptères anciens. Le pays construit une capacité aéromobile adaptée à une frontière orientale de l’OTAN devenue beaucoup plus sensible depuis l’invasion russe de l’Ukraine.
Le véritable enjeu commencera après les douze premières machines. Si Bucarest concrétise son projet d’une trentaine d’appareils supplémentaires et installe une chaîne d’assemblage chez IAR Brașov, le contrat de 2026 aura servi de point de départ à une nouvelle base industrielle européenne du H225M. Pour Airbus, ce serait une victoire commerciale. Pour la Roumanie, ce serait surtout le retour d’une capacité nationale de production d’hélicoptères militaires modernes.